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Une érection miraculeuse

Une érection miraculeuse
Une érection miraculeuse
Une érection miraculeuse
Une érection miraculeuse

Ici Lourdes. Qui aurait songé qu’un jour je visiterais le pays des visions de Bernadette Soubirous ? Pas moi, j’avoue. Je suis allé à Bénarès, à Jérusalem, à Touba et autres lieux religieux, alors pourquoi pas Lourdes ?

Lourde, sans s, signifie porte en argot. Je marche au bras de mon ami Pascal le long du chemin de croix. Lourde signifie porte en argot, ça me poursuit, alors poussons la porte, celle qui ouvre sur la cour des « miracles ». Ils sont là par milliers, personnes en fauteuils, personnes âgées, malades, aveugles et autres affolés par notre condition de mortels. Et que demandent-ils dans leur cœur en murmurs sur leurs lèvres effarouchées ? Un miracle, rien que pour eux, un miracle. Et c’est quoi ce miracle tellement convoité ? L’aveugle veut revoir, le paralysé veut bondir hors de son fauteuil, l’aïeul rajeunir d’un seul coup, le malheureux souhaite que l’aigle du bonheur fonde sur lui… Le miracle, la transformation magique tant espérée : être autre que ce qu'il sont.  Le Noir veut blanchir, le Blanc veut bronzer, l’aveugle revoir, le pauvre devenir riche. En fait, ici, tout le monde conjugue le refus à toutes les sauces, un grand non à la forme que la vie lui octroie.

Je dis à Pascal, en versifiant : « Si les chrétiens souhaitent que Lourdes et son négoce perdure, ce type de miracle a tout intérêt à avoir la peau dure. »

« Vite, vite, Seigneur, redonnez-moi la vue ! » Et zoum, mes prothèses oculaires filent au ciel et deux yeux de tireurs d’élite m’échoient… Pas très adulte tout cela. Amusé, je me rêve convertissant cette tragédie humaine en comédie, un vaudeville un peu provoc à la Jean-Pierre Brouillaud.

« Et si on parlait miracle ? » J’interpelle Pascal tandis que nous évoluons tous sens dehors sur le chemin de croix. « Miracle, en latin miraculum, signifie “ce qui est étonnant”.

- Tu es mal barré alors, Jean-Pierre ! » me renvoit mon pote.

Je fais une grimace. Un prêtre africain parle devant un groupe de pèlerins du miracle de la mer Rouge qui s’est ouverte devant ceux qui fuyaient l’Égypte. Pourquoi ne dit-il pas qu’il s’agit là d’une métaphore ?

Et tandis que mes neurones jouent avec l’idée de convertir ces enfantillages autour de cette puérile notion du miracle en une comédie qui frapperait les esprits, je me dis que pour le moment je vais garder cette idée de mise en scène sous le coude. Mon côté cabotin réclame au moins une caméra pour « immortaliser » ma tentative de duperie.

J’entends ma mère : « Jean-Pierre, arrête de te faire remarquer ! »

— Maman pardonne-moi, mais que veux-tu ce côté provocateur ne m’a jamais vraiment quitté. »

Un sourire jusqu’aux oreilles, j’imagine la scène. Je me mets à crier : « Miracle ! miracle ! » Je saute de joie, me tortille comme un asticot sur le sol bénit, puis prends finalement une posture à genoux d’homme en prière, baisant ciel et terre, jusqu’à ce que l’on vienne m’interroger.

« Dieu m’a entendu. Dieu a exaucé ma prière la plus intime.

 — Mais monsieur, que s’est-il passé ?

— Un miracle, je vous dis, un miracle difficile à avouer.

— Mais dites-nous, dites-nous !…

— Non, non, ça ne concerne pas mes yeux.

— Mais alors, quoi, monsieur ?

— Le réveil de mon sexe, mon père. Il dormait depuis toujours et brusquement une érection est venue comme je n’en ai jamais connue. Une envie farouche de faire l’amour au ciel, à la terre entière, aux femmes, aux hommes, à tous les règnes, mon père. L’amour, monsieur, m’a visité, de l’amour à partager, à mettre le feu au monde ! »

Tandis que le prêtre africain s’applique à faire avaler des couleuvres aux bigots, j’imagine les sourires des gens qui viennent de récolter l’aveu du miraculé que je prétends être, se crispant sur leurs visages à mesure qu’ils comprennent la prétendue nature du miracle. Dégringolade des sourires en grimaces de répulsion ! Ils ne savent plus très bien si je suis un miraculé ou un malade mental.

Dieu a des limites, celles que ses adorateurs lui prêtent.
 Oui il redonne des jambes, oui des yeux, oui de l’argent, mais il ne peut quand même pas faire une chose pareille : ressusciter un sexe d’homme qui a follement envie de s’introduire dans toutes les failles de la création.
Un fou-rire me gagne, je m’écarte des pèlerins : la vie est drôle si nous la créons drôle, triste si nous la voulons triste. Pour l’heure allons écrire en pas, glissements et hésitations l’histoire mélée de Pascal et de Jean-Pierre en foulant la poudreuse des sentiers pyrénéens. Là est le miracle. Le miracle est là où nous sommes. Mais ce n’est pas écrit sur la « lourde », la porte, parce que tout simplement il n’y a rien à ouvrir si ce n’est nos yeux émerveillés par le miracle d’être en vie, quelque soit notre forme. 

 

Une érection miraculeuse
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Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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pierre william 16/10/2017 13:33

Tant que tu t'amuses un peu de tout, c'est que tout va bien, le miracle, ce serai que tu ne devienne tout le temps serieux, et encore, je ne vois pas ou serai le miracle, ce serai meme d'un interet tres limité, alors continue Jean Pierre d'etre ce que tu es !