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Un foulard de trop.

Un foulard de trop.
Un foulard de trop.
Un foulard de trop.
Un foulard de trop.

On aura tout vu, ou presque, même quand on est aveugle ! Vous ne me croyez pas ? Alors lisez ce récit.

Je suis assis sur un banc en bois, dans une vilaine barcasse à moteur qui sent le poisson séché, fruits et légumes pourris et huile de vidange ou quelque chose d’approchant. Une grosse pluie chaude s’est abattue sur la vingtaine de passagers africains avec qui je vais regagner la terre ferme - en moins d’une heure, est-il annoncé.

Une femme tumultueuse, sous son immense chapeau fleuri, m’a guidé jusqu’à ce taxi flottant. Éclats de rires, insistance pour qu’un jour je revienne sur son île lui faire un enfant qui, dit-elle, sera comme toi un « goûteur de pays ». Au moment du départ, elle me passe au poignet un bracelet en tissu. J’espère que ce n’est pas un de ces grigris qui enchaînent !

Après quelques ratés, le moteur pétarade et nous chevauchons l’ondulation tranquille des vagues. Des exhalaisons de forêt se mélangent à la brise marine. Blancheur du sel, verdeur de la chlorophylle. Mes narines jubilent. Ça donne du relief au paysage.

À côté, mes voisins rient à gorges déployées en se frappant les cuisses. Moi, j’éprouve une légère frustration : je ne comprends pas ce qu’ils disent et j’aurais bien envie de participer à cette liesse.

« De quoi parlez-vous les amis ? »

Un gaillard qui me fait face me saisit la main et, avec une voix de basse qui comme le moteur semble avoir des ratés, me demande entre deux éclats de rire :

« On ne dit pas dans ton pays que l’amour rend aveugle, toubab ?

— Oui, pourquoi me demandes-tu ça ?

— Parce que la femme qui t’a accompagné tout à l’heure est encore sur le quai et elle secoue son grand mouchoir blanc pour te saluer ! »

 

Et mes voisins de pouffer de plus belle. Cinéma - c’est son nom - je la savais excentrique mais pas au point d’agiter un mouchoir pour dire adieu à un aveugle. Je ris de bon cœur avec eux, en même temps que je me remémore les nuits d’amour dans un hamac avec cette femme dont le prénom est à lui seul tout un programme.

 

Un foulard de trop.
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Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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MACHARD Jacline 25/12/2017 14:34

Merci JP pour rire encore un coup avec nous en cette fin d'année !!!