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mon premier aveugle par Alain Comoli

mon premier aveugle par Alain Comoli

1. Faites appel à vos souvenir : racontez-nous la toute première fois que vous avez vu ou rencontré un aveugle ?


En fait, ce n’était pas la première fois mais la plus marquante ! J’ai oublié son nom alors appelons-le Manvussa, Mister Gérard Manvussa.
À l’époque, nous faisions partie d’un même mouvement politique et nous sommes allés chercher Gérard à son domicile à Marseille pour ensuite rejoindre l’adresse d’un imprimeur pour commander des plaquettes. Il n’y avait pas de GPS et pas évident de circuler dans la deuxième ville de France lorsqu’on habite en campagne, entouré de pommiers ! Pourtant nous avons parcouru les quelques kilomètres sans problème puisque Gérard était devant et nous guidait : «… Tu vois la boulangerie à droite alors ensuite tu vas prendre à gauche, enfin pas la première puisque c’est sens interdit mais celle d’après… au troisième feu, tu vas à droite mais tu restes sur la file de gauche… voilà on est arrivé, c’est au numéro 72 juste avant la blanchisserie. Normalement, il y a de la place pour se garer… » !
Sinon, lorsque j’étais jeune, j’ai également eu deux kinés aveugles ; j’ai l’impression que c’était la grande mode dans les années 70/80 ! ;-)  et le deuxième m’a particulièrement impressionné. Il faisait de l’acupuncture et testait un peu sur moi, sans aiguille, ses cours en braille qu’il lisait très souvent. « Là, tu as un problème avec les intestins !», me disait-il en appuyant un point sous la voûte plantaire. « Attends, on va régler ça », en appuyant ailleurs. Il m’a révélé l’existence d’un point d’acupuncture qui tue et aussi que le monde, les humains sont nus par le pouvoir et par le sexe ! Les matins, il se pendait par les mains sur les structures de la salle de kiné et se faisait craquer tous les os y compris le cou. Il était génial !

2. Que vous évoque la cécité ?
La paix intérieure.

3. Racontez-moi la rencontre que vous rêvez de faire avec trois personnes aujourd’hui disparues ?
Ma rencontre avec Dieu, le Mahatma et Marilyn Monroe, rencontre strictement confidentielle et qui en surprendrait plus d’un ! En plus il y avait une cinquième personne, une femme, drôlement délurée, mais je ne peux pas dévoiler son identité car elle est toujours en vie…

4. Qu’est-ce qui vous manque ?
Sans hésiter et depuis bien longtemps : du temps !

5. Vous m’invitez à votre table, vous me faites manger quoi ?
Une belle tomate cœur de bœuf bio de notre potager, tranchée avec entre chaque, une feuille de basilic et de la mozzarella; tout cela arrosé d’un filet d’huile d’Argan et d’une pointe de sel de Guérande.

6. Vous avez le pouvoir de faire parler un animal, lequel et pourquoi ?
Un paresseux pour qu’il m’explique son rapport au temps.


7. Que regardez-vous en premier chez l’autre ?
Ses yeux, sinon, si l’autre est debout et du sexe féminin et moi assis dans mon fauteuil roulant, alors sa poitrine … ou bien son cul !

8. Qu’est-ce qui vous fais le plus peur ?
Un souvenir qui me glace rétrospectivement.
Cela se passe en Inde et avec ma compagne Anastasia, nous sommes arrivés à destination un peu tard, vers 20 heures peut-être. Il fait nuit, il n’y a pas Internet à l’époque, nous n’avons rien réservé et sitôt descendus du bus, nous cherchons une chambre pour passer la nuit. La première guesthouse que nous avions repérée sur notre guide est complète, une deuxième puis une troisième complète ou ne conviennent pas du tout. Même si nous voyageons léger, pousser mon fauteuil avec nos bagages dans des ruelles mal éclairées devient vite fatigant. Au bout de 45 minutes de recherche infructueuse, nous arrivons à une enseigne éclairée mais les chambres se trouvent à l’étage reliées par un escalier gigantesque et très raide. En désespoir de cause, Anastasia va voir s’il y en a une de libre : « Oui ! Il n’y a pas d’ascenseur mais pas de problème, on va vous aider ! » La personne à l’accueil est seule et se propose ; je les vois donc rappliquer les deux. Je ne suis pas chaud pour escalader cette montagne de marches mais l’Indien insiste. Il n’est pas très grand mais toujours plus qu’Anastasia, alors on lui explique la manœuvre : c’est lui qui prend les poignées du fauteuil derrière, qui le tire et l’incline en arrière pour le mettre sur deux roues et monter, marche par marche, pendant qu’Anastasia se met en bas du côté des repose pieds, soulève et dirige en même temps. On monte ainsi trois marches puis Randir perd un peu son appui sur les marches qui s’avèrent être très hautes et lui pas si costaud que ça ; patatras, le fauteuil redescend marche par marche avec Anastasia qui assure tant bien que mal. « Bon, on va arrêter là dis-je, merci mais c’est trop difficile à deux » - « Non, non, pas de problème, on va y arriver ! » nous dit Randir en recommençant immédiatement l’opération ! Cette fois, nous sommes arrivés à la cinquième marche, les repose pieds arrivent à la hauteur du visage d’Anastasia tant l’escalier est raide et puis rebelote Randir laisse retomber le fauteuil marche par marche jusqu’à la rue. Il a fallu toutes les peines du monde pour qu’il accepte de nous laisser repartir…
Lorsque je revois cet escalier sombre avec la petite lumière à l’étage et que j’imagine la scène où nous atteignions la 32e marche, l’avant-dernière, et que notre ami, à bout de souffle, lâche sa prise et le fauteuil, j’en ai des sueurs froides !
Cette aventure m’a enseigné deux choses : il vaut mieux arriver à destination relativement tôt, avant que la nuit ne soit tombée et je refuse absolument d’être porté avec mon fauteuil lorsqu’il y a plus de 10 marches sinon éventuellement on me porte à deux à bras le corps puis c’est au tour du fauteuil.


9. Où m’emmèneriez-vous en voyage ?
Aux Philippines, à la pointe ouest de l’île de Cebu. Dans le village natal de ma perle, à Santander. Sur la plage où on loue un bungalow, il y en a presque toujours deux de libres. C’est basique mais dormir avec la musique de la mer à deux pas, c’est pour moi, le luxe suprême. As-tu déjà ramassé des oursins ? ! Viens, il y en a plein ! Après les avoir nettoyé, pour le petit déjeuner, servi avec du riz, on s’en fait une bonne poêlée revenus avec de l’échalote, du Chili et du citron…

10. Qu’aimeriez-vous le plus décrire à un aveugle ?
L’horizon… mais c’est pas si facile et peut-être qu’il pourra mieux le faire que moi !

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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