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mon premier aveugle par Nathalie Guéraud

mon premier aveugle par Nathalie Guéraud

1. Faites appel à vos souvenirs. Racontez-nous la toute première fois que vous avez vu ou rencontré un aveugle.

J'ai 12 ou 13 ans. Je passe beaucoup de temps avec ma grande-copine-de-400- coups, celle avec qui nous pouvons rire des heures comme des imbéciles, pour rien, à s'en faire pipi dessus.  
Un jour, ma grande-copine-de-400-coups me parle, gravement, de sa mère qui, chaque semaine, se réunit avec d'autres personnes. Elle me raconte, à sa façon, et m'invite à l'accompagner. Ça avait l'air intéressant et étrange en même temps. Pourquoi pas ? Ma curiosité l'emporte.
Je me souviens être descendue dans un sous-sol, en fin d'après-midi. La salle est assez sombre, les gens assis en cercle. Mon amie me présente à l'homme qui dirige la réunion. Il porte des lunettes sombres mais je ne crois pas m'être rendue compte tout de suite de sa cécité. Par contre, je me rappelle très bien avoir été très impressionnée par sa présence, calme et forte. Il m'a souhaité la bienvenue et nous avons pris place dans le cercle. A tour de rôle, après un signe de cet énigmatique «meneur», chacun prend la parole, lit un texte. Je n'ai plus aucun souvenir de ce qui se dit. Juste, qu'à un moment, Il me désigne et m'invite à lire, moi aussi, si bien sûr je le désire. Je n'en mène pas large. Après un court suspend de mon cœur, je me lance…
La réunion terminée, Il m'appelle et me félicite de ma lecture. Ses mots épars et choisis me touchent. Je me revois, pétrifiée, mais très heureuse et très fière d'avoir intéressé cet homme. A cet instant, je découvre que je peux être écoutée, regardée, appréciée au-delà des mots et des apparences, et surtout que moi aussi en retour j'en suis capable.
Je ne suis jamais retournée aux réunions, j'ai repris mes bêtises avec ma grande-copine-de-400-coups, riche d'un secret intime, dont je ne lui ai jamais parlé

 

2. Que vous évoque la cécité ?

L'un des 5 sens, disparu mais intensifiant les 4 autres et hissant ainsi la personne plus présente à la VIE

 

3. Racontez-moi la rencontre que vous rêvez de faire avec trois personnes aujourd’hui disparues

Chacun arrivera d'un point cardinal pour rejoindre cette magnifique clairière secrète, ceinte d'arbres centenaires.
Etty (Hillesum) viendra du Nord, avec sa joie intacte, Georges (Brassens) du Sud, moi de l'Ouest (of course) et Jiminy (Cricket) de l'Est, enfin, on suppose, car on ne sait jamais par où arrive Jiminy.
Tout commencera par une grande discussion sur le sens de la vie.
Et puis Georges fera son plus beau sourire à Etty et à moi, parce qu'il est comme ça Georges, il ne peut pas s'empêcher de faire le charmeur devant une femme. Il prend les devants pour cacher sa timidité.
Jiminy regarde tout cela du haut d'une belle branche de chêne remarquable. Il a prévenu, il restera là, souriant. Il en a ras le chapeau de jouer les bonnes consciences. Il a décidé que désormais il se bornera à observer les humains et les aimer tels qu'ils sont, avec leurs imperfections, leurs dites erreurs.
Après avoir souri, rougi, Georges prendra sa guitare, d'abord pour accompagner un poème (Les passantes, forcément), dans lequel Etty se reconnaît immédiatement.
Puis, exit Dieu, la guerre et la connerie, il entonne une chanson plus légère, une qui parle coquinement d'amour-toujours, et nous chantons tous les quatre ensemble, en chœur, encore et encore.
L'amour ça réunit, on le laisse vivre.
Même si nous sommes différents.
Surtout si nous sommes différents.
Mais sommes-nous si différents ?
Jiminy chante fort et faux, si faux !
Et nous rions, nous rions ! Tant et tant que les nuages entrent en danseA
 

4. Qu’est-ce qui vous manque ?
Très curieuse, je m'enthousiasme très vite pour les nouvelles découvertes et je me dis «Oh, j'aimerais bien ça !». Et puis, je me dis... mais non, sans, je suis comblée !
Il reste toutefois quelques cruels moments (heureusement brefs) où me manque la confiance en moi

 

5. Vous m’invitez à votre table, vous me faites manger quoi ?
Les framboises de mon jardin, que nous aurons cueillies ensemble… à moins que nous ne les ayons maraudées au gré d'une magnifique bal(l)ade...

 

6. Vous avez le pouvoir de faire parler un animal, lequel et pourquoi ?
Un papillon… sa vie est si brève qu'il doit certainement avoir des choses importantes à partager

 

7. Que regardez-vous en premier chez l’autre ?
Cela dépend. Je suis parfois happée par un regard, un geste, une voix, des paroles, un rire… chaque rencontre est différente.
Plus avant, je perçois son énergie, son rapport au monde et je vois par delà les détails la belle personne qu'il (elle) est

 

8. Qu’est-ce qui vous fait le plus peur ?

L'ignorance, le manque d'ouverture, de curiosité, qui enferment et ancrent l'individu dans des certitudes, le figent dans un refus de tout autre, au prix souvent d'une violence difficilement maîtrisable

 

9. Où m’emmèneriez-vous en voyage ?

Danser à Cuba

10. Qu’aimeriez-vous le plus décrire à un aveugle ?

Le cœur -si subtil et délicat- d'une fleur

mon premier aveugle par Nathalie Guéraud
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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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