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Géographie mon amour

Géographie mon amour
Géographie mon amour
Géographie mon amour
Géographie mon amour

Limoges, à ma naissance, dans mon berceau, une carte

Damas, Panama, Bisao, Riga, Quito, Papeete, Java

Des noms de lieux qui chuchotaient : tu ne tiendras pas en place, il faudra que tu partes

Prends des forces dans ton berceau et à l’adolescence, va !

 

Moi : « Voyager, d’accord, mais est-ce que ça sera une fatalité » ?

Le jumeau invisible : « Oui, tant que tu penseras qu’ailleurs c’est mieux »

« Mais alors où est ma liberté » ?

« Nulle part tant que tu croiras que tu as un destin à accomplir et en feras un dieu ! »

 

Istanbul, appréhension du poignard des janissaires à l’ombre d’une muraille byzantine

Tabriz, une pluie rouge de fleurs de grenadiers ensanglante l’eau sombre du puits

Harar, un poète venu de France embarque sur son bateau ivre les hommes en quête d’origine

Tafraout, les étoiles recousent le basalte des cicatrices de la nuit.

 

Rangoon, en or ou en pierre, les bouddhas sont impassibles

Hammamet, qu’est-ce que je fous là, à nager à contre-courant dans le tourisme de masse ?

Battambang, j’appelle en renfort les chauves-souris, de moustiques voraces je suis la cible

Mombassa, à la recherche d’un voilier. Le voyage est-il une impasse ?

 

Kaboul, notes bleues d’un rebab et gouttes sonores d’un tabla aquatique

Dubrovnik, les chaises aux terrasses des cafés naviguent dans les rues inondées

Tallinn, il y a la musique d’Arvo Pärt dans chaque respiration de la Baltique

Omkareshwar, superstition et spiritualité hantent les ruelles indiennes bondées.

 

Bobo-Dioulasso, sous un baobab un griot égrène des présages

Pompéi, dans les capteurs de mes mains un mur chuchote la colère du Vésuve

Sanaa, au pied des maisons-tours, immersion troublante au moyen-âge

Amazonie, une mémoire végétale en odyssée de cris et d’effluves.

 

Sidney, pour piéger Moby Dick, plus besoin de harpon

Ziguinchor, j’aspire encore et en corps à d’autres bouts du monde improbables

San Francisco, the summer of love, 1967, je n’étais pas sur le pont

Acapulco, des golden boys paradent sur le sable.

 

Manille, empoisonnement de fruits de mer, jamais je n’oublierai cette nuit-là

Bucarest, de toutes ces ivresses géographiques, qu’est-ce qui me reste ?

New York, désolé Mrs Smith, mais sur le Mayflower je n’étais pas

Jérusalem, arythmie sourde de cœurs qui ne portent pas la même veste.

 

Rio de Janeiro, amours clandestins dans une douche collective

Grèce, dissimulés à l’arrière d’un pick-up nous rentrons en fraude dans Ioannina

Errance nocturne dans les rues sans lumière de Tananarive

Colombo, en traversant le pont de Lanka, Hanuman a sauvé Sita et vaincu le démon Ravana.

 

Géographie mon amour, j’ai réparé la capitulation d’Ératosthène, adieu !

Désormais assis auprès du cœur d’une femme, j’habite une impasse

D’où s’est évaporée la tentation de remplir mes manques avec des noms de lieux

Et je respire paisiblement le brouhaha ferrugineux des trains qui passent.

 

Kotor, Lima, Riga, Chongqing, Khartoum, La Paz, Kigali

Ô monde, un temps j’ai succombé à l’hypnose des pages de ton livre parfumé

Coimbra, Louqsor, Quito, Nouméa, Addis-Abeba, Lahore, Mexico, Bali

Tous ces pays, ces villes, je voulais les caresser, les humer, m’y pâmer.

 

Roitelet, rouge-gorge, mésange, chardonneret, verdier, fauvette

5 impasse des Saules, sous les bleus inspirants du ciel de Provence, entre olivier et oranger

Les trains passent sans moi, les oiseaux s’époumonent à tue-tête

« Cuicui », tout va bien ici ; il n’y a plus autre part, un peu comme si ça n’avait jamais existé l’étranger !

 

Limoges, à ma naissance, dans mon berceau, une carte

Oslo, Le Caire, Macao, Bogota, Phnom Penh, Tirana

Des noms de lieux magiques murmurant : tu ne tiendras pas en place, il faudra que tu partes,

Fatalité, destin, avec Hanuman on a triomphé de toutes les tentations de Ravana !

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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