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Highway requiem

Highway requiem
Highway requiem
Highway requiem

 

Les moteurs gueulaient un blues de graisse et de pistons

Insouciants, ils ont suivi leur invitation

Sur le bitume de l’exil, là où les frontières s’effacent

Ils ont jeté leurs papiers pour ne plus laisser de traces

Mettant plein gaz vers d’inatteignables lointains

En faisant doigt d’honneur et grimaces aux gérants de leur destin.

 

Ils ont vécu à grands coups d’électrochocs

Sans règle, sans doc

Moteurs et musiques électriques saturant leurs neurones

En crue de rage et de phéromones

Effrayant banquiers et politiciens

En tentant d’ouvrir d’ordaliques chemins.

 

L'asphalte fondait sous leurs roues comme une promesse mal tenue

Ils voulaient tout vivre, nuits trop courtes, matins apparaissant dans des langues inconnues

Possédés par la fureur d’exister autrement et ailleurs

Pour le pire et le meilleur

Ils aspiraient à la liberté du ciel, mais ils tricottaient de la nuit

Avec les aiguilles de la colère pour tromper l’ennui.

 

Quand les amphét et le whisky embuaient leurs regards

Dans les bars ils attisaient des bagarres

Les chromes des motos brillaient sous les néons

Leur espoir, que le monde cesse de tourner en rond

Ils n’attendaient jamais demain, ça semblait trop tard

Le salut était au présent, dans la foudre des guitares et des départs.

 

Le seul état qu’ils respectaient, c’était celui de l’urgence

aucune concession et de la violence

Le long des highways les pylônes qui défilaient dans les plaines

Leur inspiraient les chansons qui coulaient dans leurs veines

Ils paradaient comme des oriflammes sur leur cheval de fer

Certains les appelaient les Anges de l’Enfer.

 

Et les jours de blues à Macon, État de Géorgie

Là où deux accidents de moto leurs confisquèrent la vie

Guitariste, bassiste, Duane Allman, Berry Oakley

Leurs fantômes inassouvis rôdent encore sur leurs homicides Harley

Avec sur les lèvres la chanson Ramblin’ man, remerciant Dieu de les avoir faits nomades

Une chanson qui caracola, tourna dans tous les hits parades.

 

Peu importait la chute, pourvu que le saut soit immense

Sur l’ivresse, sur la mort, il fallait prendre de l’avance

Un moteur s’éteignant au milieu du désert

Et personne pour pleurer quand la route les jetait à terre

Un éclat brut, un ultime vertige

Avant que tout ne se fige.

 

Pendant que le vent soufflait sans pourquoi

Ils roulaient dans des corridors vides où l’on perd la foi

Et si tout s’effondrait devant eux, ils dansaient dessus

Voulant faire du chaos quelque chose de vrai, de plus, de nu

Et si Dieu rôdait dans les rues désertes

Il les trouvait là avec envies et mains grandes ouvertes.

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

Amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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